L’édition 2016 du Printemps des Fameuses s’est déroulée ce vendredi 18 mars, au CCO de Nantes, avec le maître mot ACTION. Alors oui, l’événement était forcément féministe, mais d’après moi, de façon raisonnable. En effet, beaucoup d’intervenants ont démontré à quel point agir de façon « féministe » est aussi crucial pour l’épanouissement de la femme que pour celui de l’homme.

Et comme le faisait remarquer Guy Mamou-Mani, la question de la femme n’est pas une question secondaire mais une question de bon sens puisqu’elle concerne tout de même la moitié de la population. Le changement des mentalités nous concerne toutes et tous, homme, femme, fameu(x)-se ou pas.
Les interventions, féminines et masculines, ont toutes été d’une grande qualité, avec l’humour en plus !
Une dernière petite remarque : l’audience était constituée d’une très grande majorité de femmes. Le 21 septembre 2015, lors de l’événement du Grand Concentré Économie Numérique, la proportion était inversée. On le voit, il y a encore du chemin à parcourir.

Qu’est-ce-que le printemps des fameuses ?

Des femmes très qualifiées jouant un rôle éminent dans le grand Ouest.

Les Fameuses.com est une initiative du CCO (Centre de Communication de l’Ouest) et de l’association BFN Business au Féminin à Nantes. L’objectif de ce portail est de rendre visible des femmes très qualifiées jouant un rôle éminent dans le grand Ouest.

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  • la compétence et le talent,
  • la responsabilité et la représentativité,
  • la notoriété et la reconnaissance par ses pairs,
  • le mérite et l’engagement (contribution à des actions d’intérêt général, au rayonnement de la communauté…).

Inégalités femme-homme, le constat

Les inégalités, en particulier professionnelles, sont issues de comportements ancrés dans notre inconscient collectif.

  • Les femmes sont moins nombreuses que les hommes en situation de direction d’entreprise et de management,
  • A compétences égales, elles sont moins souvent choisies à des postes de fortes responsabilités ou comme expertes dans les médias ou les conférences,
  • A compétences égales, les salaires des femmes sont en moyenne 18% plus bas que ceux des hommes (maternité, temps partiels…),
  • Lorsque les femmes accèdent à des postes de responsabilité, elles font souvent face à des résistances supplémentaires qui prennent notamment la forme d’un dénigrement systématique de leur compétences, voire d’insultes.

Les inégalités, en particulier professionnelles, résultent d’un ensemble de comportements et mode de pensée hérités de notre mémoire collective et de notre éducation, ancré le plus souvent dans notre inconscient.

Ce sont les fameux stéréotypes, qu’ils soient féminins ou masculins.

Pete Stone, expert biculturel franco-britannique de la diversité et de la mixité, explique :

Il faut absolument impliquer les hommes, leur faire comprendre que c’est aussi dans leur intérêt de bouger les lignes, que les stéréotypes les enferment eux aussi dans des rôles.

Il nous rappelle également que la plupart des experts qui s’expriment dans les médias, reconnus donc écoutés, sont des hommes, qu’il y a finalement peu d’expertEs. Conséquence logique, les femmes sont moins écoutées…

A travers un jeu de rôle, Pete Stone nous fait découvrir l’influence des stéréotypes sur notre vision du monde, sur nos comportements, sur nos décisions. Mais nous n’en dirons pas plus, pour ne pas influencer les résultats des futures simulations 😉

Alors, comment agir ?

Il faut provoquer, assumer, demander, modifier les mentalités, bref être activiste du moi.

Pour remettre en question et bousculer les préceptes établis, certaines femmes empruntent, de façon plus ou moins volontaire, la voie de la provocation. C’est le cas pour Eloïse Bouton, journaliste et auteure de « Confession d’une ex Femen ». En tant que militante Femen, elle s’est fait photographier poitrine nue en 2013 dans l’église de la Madeleine à Paris pour protester contre la position défavorable de l’église vis à vis de l’avortement. Conséquence inattendue, Éloïse BOUTON est condamnée parce que son acte militant est détourné en délit d’exhibition sexuelle. Ainsi, par son action, elle vient de faire émerger un nouveau type de discrimination par le sexe : aujourd’hui, en France, une femme peut être reconnue coupable d’un acte, alors qu’un homme ne le sera pas, et ce uniquement à cause de son corps.
Ça donne un peu le vertige.

Quoi qu’on en pense, il faut reconnaître que toutes ces femmes agitatrices font preuve d’un grand courage, car la provocation s’accompagne généralement de conséquences douloureuses pour les provocatrices.

Assumer d’être soi envers et contre tous les clichés de la société. Voilà le destin des scandaleuses présentées par Eli FLORY, professeure agrégée de littérature, dans son livre « La Barbe d’Olympe de Gouges et autres objets de scandales ».

Devenir infâme avant d’être fameuse

nous dis Eli FLORY.

Les grandes féministes de l’histoire ne cherchaient pas à être féministes mais simplement à être libres. Elles ne se souciaient ni de leur notoriété, ni de la morale, au point d’être jugées « scandaleuses » par une société bien pensante figée dans sa représentation stéréotypée de la femme. Ces scandaleuses ont assumé leurs choix et forcé l’évolution des mœurs. Elles ont montré qu’il faut raisonner les compétences non pas en terme de sexe mais en fonction des sensibilités individuelles.

S’émanciper, se réaliser, se déconditionner, être activiste du moi, voilà la leçon que l’on peut tirer de la vie de ces femmes hors norme. Encore une fois, cet enseignement est autant valable pour les femmes que pour les hommes.

Un autre type d’action – qui fait débat – est celui d’imposer la mixité dans toutes les sphères de la société, c’est la discrimination positive par le biais des quotas. Certains expliquent qu’il est parfois difficile de trouver des femmes présentant les compétences requises et que la loi des quotas oblige à intégrer une femme même si elle est sous-qualifiée. Néanmoins, il semble que cette discrimination positive soit encore indispensable pour faire bouger les lignes. En effet, toutes les mesures antérieures visant à faire évoluer les pratiques en faveur des femmes, mais de façon non contraignantes, ont montré leur inefficacité.

Parfois, l’action pour favoriser l’égalité des sexes peut sembler toute simple mais se transforme finalement en un rude combat. C’est le cas pour la féminisation des noms de métiers qui rencontre une forte résistance de la part de l’Académie française. Il paraît pourtant que dans des temps plus anciens, en France, tous les noms de métiers étaient féminisés. Ça laisse rêveur non ?

Demander est un savoir-faire délicat souvent non pratiqué par les femmes. Jean-Edouard Grésy, anthropologue, docteur en droit et auteur de nombreux ouvrages, nous propose un petit traité sur les différentes façons de gérer la trilogie demander/exiger/négocier, à l’attention des femmes mais aussi des hommes.

« Si tu ne demandes rien, tu n’auras rien », tout le monde a déjà entendu cette phrase d’une logique imparable. Et bien c’est également valable dans le monde du travail. Il faut savoir manier l’art de demander, exiger et négocier.

Pour Jean-Edouard Grésy

La négociation n’est pas sexospécifique.

Les différents niveaux de la gestion des relations entre individus sont les suivants :
Don => négociation => règles => pouvoir.
Lorsque l’une des pratiques atteint ses limites, il faut passer à la suivante.

Don, négociation, règles, pouvoir

  • Don : inconditionnel, pari de confiance
  • négociation : donnant donnant, système de décision conjointe avec contrepartie
  • règles : imposent un rééquilibrage des rapports de forces
  • pouvoir : prise de décision rapide mais en l’absence de concertation il faut en passer par une épreuve de force

Les clichés inconscients… finalement cette problématique apparaît de façon récurrente dans toutes les interventions des conférenciers. Pour agir sur les représentations stéréotypées de l’homme et de la femme, il faut intervenir sur le système éducatif pour modifier les mentalités.

Si l’on s’intéresse par exemple au choix des cursus scolaires en fonction du sexe, la filière du numérique, préférée par une population masculine, est une bonne illustration de la nécessité de défaire les clichés professionnels sexués. Le secteur du numérique, qui regroupe les entreprises de l’industrie des technologies de l’information et de la communication, est le secteur le plus dynamique de l’économie mondiale. Or ces métiers sont encore largement masculinisés. Aujourd’hui, il y a seulement 27% de femmes dans le secteur du numérique, contre 48% pour le reste de l’économie.

Guy Mamou-Mani, coprésident du Groupe Open, président de Syntec Numérique (1er syndicat professionnel de l’écosystème numérique français.) et membre du Haut Conseil à l’égalité femme-homme, nous confirme ce constat. Il ajoute également que Syntec Numérique a initié de nombreuses actions pour inciter les filles à choisir les filières numériques, mais sans résultats probants pour le moment. Une étude menée par Syntec Numérique identifie un certains nombre de facteurs qui influencent le choix des jeunes filles au moment de la décision d’orientation pour les études :

  • une image sexuée de la société
  • l’influence des médias
  • le méconnaissance des métiers, plus particulièrement du numérique (vus comme des métiers de bidouilleurs codeurs scotchés devant leur écran)
  • l’absence de modèles féminins…

L’une des conclusions de l’étude est la suivante :

Si aucune action n’est menée en vue d’attirer plus de femmes dans les métiers du numérique, le nombre de femmes formées aux métiers du numérique sera inférieur aux besoins des entreprises et le nombre de femmes dans la branche risque alors de diminuer.

Ajoutons que Guy Mamou-Mani est l’initiateur du mouvement #JamaisSansElles. Il refuse de participer à une table ronde sans la présence d’au moins une femme.

Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir et les inégalités sont parfois masquées par notre conditionnement inconscient. Mais il existe également beaucoup de moyen d’agir pour faire évoluer la situation vers une société meilleure pour la femme et pour l’homme. Avant tout, il faut être SOI.

Retrouvez les interviews des intervenants sur le blog des Fameuses.com, ainsi que les vidéos des interventions.